Artisan savonnier ? facile ou pas ?

Dernière mise à jour : 27 déc. 2021

Il est tentant de se dire quand on veut voler de ses propres ailes en quittant le statut de salarié : "tiens, faire des savons, ça a l'air facile ; je me lancerais bien là-dedans".

Mais déjà, pourquoi a-t-on cette envie de changer de mode de fonctionnement ?

La voie professionnelle "normale" débute le plus souvent par une recherche d'emploi salarié. On postule donc à des postes qui correspondent à notre cursus d'études dans des entreprises dont on se fait une bonne image. On entre finalement dans l'entreprise qui veut bien de nous et on s'adapte au moule... ou pas. Au bout d'un certain temps, on se pose des questions : "est-ce que ce que je fais me plaît ?", "est-ce je suis fait pour me conformer à un système hiérarchique avec son lot de prises de tête ?", "ce que je fais a-t-il un sens qui correspond à mes convictions ?"

Un certain décalage se voit en ce moment entre les aspirations profondes des citoyens et le temps qu'ils passent à accomplir des tâches éloignées voire opposées à ces aspirations. Alors, même si la démarche entraîne l'abandon des protections et récompenses offertes par le statut de salarié, beaucoup se jettent à l'eau, démissionnent et se lancent dans l'aventure de l'entrepreneur indépendant.


Alors, faire un savon, ça ressemble à une recette de gâteau au yaourt avec des ingrédients à mesurer, à mélanger, à mouler, à démouler puis à découper. Fastoche !



Sauf que :


il faut garantir que la formule respecte la stœchiométrie de la réaction chimique pour réellement fabriquer un savon ; utiliser un calculateur sur internet ne suffit pas, et donc, il faut être ou faire appel à un diplômé en chimie,

  1. il faut d'abord une entité juridique officielle ouvrant droit au commerce de savons,

  2. il faut déclarer son établissement de savonnerie à l'ANSM,

  3. il faut respecter les règles de bonnes pratiques de fabrication et donc rédiger une procédure à laquelle se référer pour les validations,

  4. il faut établir des dossiers d'information produit afin de garantir la conformité et la traçabilité des lots fabriqués et vendus,

  5. il faut être ou faire valider par un toxicologue les formules avec un rapport d'étude de risque,

  6. il faut déclarer chaque formule sur le site de la communauté européenne dédié à cet effet,

  7. il faut alors faire fonctionner son entreprise :

  8. être en règle avec les organismes sociaux : Urssaf, médecine du travail, formation, complémentaires santé et prévoyance,

  9. être assuré pour les locaux et pour la responsabilité civile professionnelle,

  10. gérer la comptabilité et se faire aider par un expert,

  11. faire les achats d'investissements et de matières premières, puis gérer les stocks,

  12. concevoir, fabriquer, étiqueter, stocker les produits,

  13. mener les actions de vente, en direct ou par des revendeurs, et les actions de communication en ligne ou en live, et compter avec les concurrents, depuis les industriels mondialisés jusqu'aux indépendants "tout au black",

  14. gérer la trésorerie avec la banque, payer ses fournisseurs et facturer les clients,

  15. payer ses impôts, taxes et redevances.

  16. il faut atteindre (au moins) le point de rentabilité : vendre assez et au bon prix pour régler toutes les charges !

  17. Il faut beaucoup beaucoup travailler, se frotter à de nombreux domaines et assimiler de nombreuses compétences, sans aucune garantie de résultat, et être patient, dévoué, passionné, mesuré et sérieux, etc ...

Bien sûr, on peut être hors la loi et piquer des recettes à droite à gauche, vendre des fabrications au black sans tenir compte de rien ...


Alors, facile ou pas, Artisan Savonnier ?

Oui et non ! En tous les cas, c'est passionnant !


JOYEUSES FÊTES !


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